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Construction 21 : En complément des politiques qui visent spécifiquement les ménages pauvres, le plan du gouvernement pour la rénovation énergétique des logements devrait se focaliser sur les mesures qui sécurisent les ménages qui souhaitent faire des rénovations ambitieuses

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Favoriser et sécuriser les ambitions de rénovation

A l’occasion de la concertation sur le plan de rénovation énergétique des bâtiments, je suis frappée par l’opposition récurrente entre les tenants de la rénovation par éléments et ceux de la rénovation globale des logements. La proposition de concevoir des rénovations permettant d’atteindre le label « Bâtiment Basse Consommation Rénovation » par étapes, n’a pas permis de réduire ce clivage.

Les acteurs professionnels qui défendent l’intérêt d’encourager par des incitations financières unitaires chacun des gestes permettant d’améliorer la performance énergétique, font valoir que ces travaux ponctuels permettent de ne pas attendre pour commencer à améliorer le logement, et qu’ils sont l’occasion de proposer aux propriétaires une liste de travaux complémentaires à entreprendre par la suite.

Il me semble que cette argumentation repose sur une conception du secteur de la rénovation comme un marché homogène où les particuliers vont, de petits travaux en petits travaux, atteindre un niveau d’efficacité énergétique satisfaisant pour leur logement.

Il me paraît plus réaliste de considérer que les travaux ponctuels et les rénovations immobilières sont deux marchés différents. En effet, la réalisation de travaux ponctuels correspond plutôt à des achats d’impulsion ou à des réparations urgentes, alors qu’un projet de rénovation qui change la façon d’habiter est une expérience plus rare pour les propriétaires, qui se caractérise par un niveau bien plus élevé de motivation, d’engagement, d’envie, de risques, de difficultés.

Cela étant, il existe des passerelles entre ces deux marchés : une partie du potentiel des rénovations ambitieuses ne se réalise pas, et alimente le marché des travaux ponctuels et de l’auto-rénovation. Malheureusement, les passages en sens inverses sont plus exceptionnels.

Cela nous mène aux enjeux du financement et de l’accompagnement à la réalisation de travaux énergétiques.

Pour des travaux qui n’excèdent pas 6 à 10 000 €, un prêt bancaire est accessible à la plupart des ménages qui ne sont pas surendettés. Pour de nombreux ménages, lorsque les remboursements mensuels atteignent de l’ordre de 100 à 150 € par mois, la charge devient certes lourde. Mais il est le plus souvent possible de financer des travaux partiels avec des mensualités inférieures à cette limite, en restant dans la durée proposée pour des prêts personnels (7 à 10 ans). Il ne devrait dont pas être prioritaire pour les pouvoirs publics de faciliter le financement de ces travaux.

Il en va tout autrement pour les rénovations plus importantes : pour les rendre abordables par les ménages, il faut à la fois allonger la durée de remboursement et proposer un taux d’intérêt bas. C’est la caractéristique des prêts immobiliers, mais ceux-ci sont proposés par les banques pour des montants élevés, surtout à l’occasion des acquisitions.

L’objectif du gouvernement devrait être de faciliter l’accès à de tels financements longs pour des travaux plus ambitieux. Cette proposition conduit à bousculer l’offre des banques françaises. Mais des exemples de prêts réglementés peuvent être inspirants : chez nos voisins allemands, au Canada… D’autre part, les banques pourraient être motivées par la perspective de démontrer leur capacité à attribuer des « étiquettes vertes » aux financements qui figurent dans leur bilan, voire d’obtenir une diminution du capital règlementaire au regard de ces actifs.

Mais comment en premier lieu, guider les particuliers pour qu’ils mènent leur projet de rénovation de façon à embarquer la performance énergétique ? Depuis plus de 15 ans, la fonction d’information et d’orientation des ménages est conçue comme un service public, accessible à tous les habitants de façon neutre indépendante et gratuite. Pour faciliter l’engagement des particuliers dans la réalisation de leur projet, il faudrait, en sus de cette première orientation, muscler l’offre qui relève de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, pouvant aller jusqu’à la maîtrise d’œuvre. La plupart des ménages ne sont certes pas prêts à payer ce service en amont de leur projet. Mais si ces prestations sécurisent les propriétaires sur la qualité des travaux réalisés et si elles peuvent être financées en même temps que la rénovation, le marché de la performance énergétique des logements pourrait connaître des taux de croissance attractifs pour tous les professionnels…

Cette vision est à l’origine des politiques volontaristes que mènent plusieurs régions et grandes métropoles, avec l’appui de la Commission Européenne et de la Banque Européenne d’Investissement.

Les effets de ces politiques locales seraient démultipliés si, à l’échelle nationale, en complément des politiques qui visent spécifiquement les ménages pauvres, le plan de rénovation énergétique des logements permettait de focaliser davantage les mesures incitatives sur les ménages qui souhaitent faire des rénovations ambitieuses, mais qui aujourd’hui, ne sont pas suffisamment sécurisés pour franchir le pas.

Françoise Réfabert, co-dirigeante de Vesta Conseil&Finance et de Energies Demain

Plus d’info sur le groupe de travail sur le financement des rénovations énergétiques dans le secteur résidentiel