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Changer les comportements en faveur du développement durable : quels leviers d’action pour les pouvoirs publics ?

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L’étude « Changer les comportements, faire évoluer les pratiques sociales vers plus de durabilité », réalisée par l’ADEME en septembre 2016, expose les bases conceptuelles issues des sciences humaines des modes d’action possibles dont disposent les pouvoirs publics pour changer les comportements individuels, en faveur de pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Elle participe à la réhabilitation des sciences humaines dans ce domaine, en rappelant que les résultats scientifiques seuls ne suffisent pas à produire un changement durable. La première partie de l’étude est ainsi consacrée à l’énonciation de différentes disciplines qui peuvent fournir des outils efficaces pour les pouvoirs publics, sans toutefois promettre de quelconque solution miracle : seule la combinaison de ces différentes approches permettra d’obtenir des résultats.

L’approche économique : un individu rationnel et conscient de ses choix

La théorie économique classique considère que l’homo economicus est motivé par ses intérêts personnels. Pour encourager des pratiques respectueuses de l’environnement, jouer avec les taxes et subventions constitue un levier d’action privilégié pour l’Etat et les collectivités, en pénalisant certains comportements (ex : instaurer un malus pour les véhicules polluants) ou en encourageant les bonnes pratiques (ex : subventionner les rénovations énergétiques des habitations).

A l’échelle collective, la théorie des jeux permet de percevoir le comportement de l’individu au sein d’un groupe, notamment par son anticipation des actions des autres. Prenons l’exemple de la pêche dans un lac : individuellement, chaque pêcheur a tout intérêt à prélever un maximum de poissons ; l’intérêt collectif est de se coordonnant avec les autres pour pêcher moins, ce qui préserve au final l’intérêt individuel et permet de continuer à avoir sur le long terme des poissons à disposition dans le lac.

L’approche économique présente des leviers d’action clairs, et donc simples à mettre en place. Seulement, dans de nombreux cas cette approche n’est pas suffisante car elle ne permet pas de prendre en compte d’autres types de contraintes qui peuvent peser sur les individus lorsqu’ils effectuent un choix : pénaliser l’usage de la voiture n’aura aucun effet s’il n’y a pas les transports en commun suffisants pour compenser. Aussi, un choix a toujours plusieurs dimensions et parfois un individu peut choisir une option qui ne paraît pas rationnelle au premier abord, mais qui correspond mieux à ses valeurs morales ou ses habitudes. D’autres courants des sciences humaines viennent compléter l’approche économique sur ces aspects.

La psychologie : les liens entre la pensée et l’action

La psychologie analyse le fonctionnement des processus mentaux et regroupe de nombreuses disciplines : la biologie avec le fonctionnement du système nerveux, la psychanalyse qui se penche sur le psychisme, le comportementalisme et la façon dont le contexte influence les actes des individus, l’approche socioculturelle et l’influence du groupe…

En injectant des outils issus de ces disciplines dans la communication et le marketing, il est possible de conduire les individus vers de nouvelles normes.

Ainsi, fournir un accompagnement individuel pour initier un changement de comportement permet de produire des effets sur le long terme. Par exemple, la région Picardie a encouragé l’utilisation des TER régionaux, en sélectionnant des individus utilisant une voiture mais pouvant remplacer certains de leurs trajets par le train. Un abonnement d’un mois leur a été offert contre l’engagement de prendre le train quotidiennement durant cette période. Un an après, 30% des participants de l’expérience continuent de prendre le train régulièrement : c’est grâce à un accompagnement personnalisé lors de l’impulsion de ce changement d’habitude qu’une nouvelle pratique a pu être adoptée.

La psychosociologie : quand l’individu est influencé par le poids du groupe

Un individu au sein d’un groupe se comporte différemment de lorsqu’il est isolé : il a tendance à s’aligner sur le groupe et à faire preuve de conformisme, et le poids de la pression sociale le pousse à tenir ses engagements.

Une expérience a été menée au sein d’un quartier, où des habitants ont été sélectionnés pour faire du porte-à-porte et sensibiliser leurs voisins au tri sélectif. Par la suite, ceux qui ont effectué ce travail de sensibilisation ont fait preuve d’un changement de comportement plus important que leurs voisins, et se sont beaucoup plus engagés par la suite sur le tri sélectif. En ayant mené une campagne de sensibilisation, ils se sont symboliquement engagés auprès des autres habitants à faire preuve d’une conduite irréprochable, puisqu’ils doivent maintenant appliquer ce qu’ils ont eux-mêmes prescrit. Ils ont d’avantage intériorisé ces normes de recyclage, d’autant plus qu’ils ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé et qu’ils ont monté en compétences dans ce domaine.

Ce type d’accompagnement peut revêtir de multiples formes et jouer sur la dynamique des groupes, puisque l’émulation collective joue également un grand rôle pour motiver les individus à adapter leurs comportements.

L’anthropologie et la sociologie des sciences : quand la technique pousse à agir

Les aspects techniques et concrets, ont aussi une influence sur les pratiques quotidiennes.

En agissant sur l’environnement des individus, on peut orienter leurs choix : en supprimant le bouton « veille » d’un téléviseur, on enlève au passage cette mauvaise option ; en mettant des empreintes de pieds au sol, on indique tout en douceur le chemin vers la poubelle la plus proche. A l’échelle urbaine, créer des pistes cyclables sécurisées encourage l’usage du vélo… Au premier abord peu intrusives, ces méthodes peuvent tout de même avoir des effets pervers et des dérives peuvent exister, comme le fait de mentir sur certains chiffres pour exagérer un risque écologique… une pratique d’autant moins admissible lorsqu’elle émane de pouvoirs publics.

Changer les comportements des individus : c’est déresponsabiliser l’Etat ?

Les détracteurs de ces incitations à l’échelle individuelle, qui sont autant d’applications des travaux des chercheurs en sciences humaines, y voient une déresponsabilisation des structures collectives et un recul de l’Etat.

Bien au contraire, dans cette étude, l’ADEME rappelle un aspect fondamental de la fonction étatique : être garant de l’intérêt général, ce qui fonde la légitimité à agir sur les comportements individuels qui ont des conséquences sur le reste de la société.

La prise en compte de l’échelle individuelle est donc nécessaire, mais non suffisante : elle doit être combinée à des mesures systémiques plus traditionnelles, pour améliorer l’impact des politiques publiques.

« Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » : cette citation issue du rapport Brundtland (rédigé en 1987, pour l’ONU) nous rappelle que, par essence, le développement durable est un problème global. Il implique la prise de mesures sur le long terme, et va nécessairement au-delà des réglementations. Chaque citoyen est directement concerné.

Marianne, pour Vesta Conseil&Finance